Interview de Stéphanie JOSEPH, cadre socio-éducatif à l’hôpital (ancienne infirmière en protection d

Interview de Stéphanie JOSEPH, cadre socio-éducatif à l’hôpital (ancienne infirmière en protection d

À 21 ans, elle débute comme infirmière. Après des années en psychiatrie, en pédiatrie ou aux urgences, elle découvre la protection de l’enfance et parle d’un véritable déclic. Aujourd’hui cadre socio-éducatif à l’hôpital, Stéphanie JOSEPH revendique une posture de proximité au service des équipes et des patients. Entre management, contraintes institutionnelles et engagement humain, elle revient sur un parcours atypique guidé par le sens et les rencontres.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Stéphanie JOSEPH, j’ai 51 ans et j’occupe des fonctions de cadre socio-éducatif depuis 2022. Mon parcours est un peu atypique, parce que je ne viens pas du tout du secteur socio-éducatif à l’origine : je suis issue du milieu de la santé. J’ai commencé à travailler à 21 ans en tant qu’infirmière.

J’ai exercé dans de nombreux services et spécialités (psychiatrie, pédiatrie, urgences…) Puis, en 2017, je suis arrivée en protection de l’enfance. Et là, comme je le dis souvent, je suis “tombée dans la marmite”. J’ai découvert le travail en équipe pluridisciplinaire avec des éducateurs, des assistantes sociales, des professions que je connaissais peu en tant qu’infirmière. Le métier de soignant est assez cloisonné. On évolue principalement entre soignants. Là, j’ai découvert une autre culture métier.

À un moment de ma vie, j’ai eu envie de poursuivre mon évolution. J’aurais pu devenir cadre de santé, et on m’a d’ailleurs encouragée dans ce sens. On m’a même prévenue que je serais moins bien payée si je choisissais la voie socio-éducatif. Mais ce qui faisait sens, c’était de me former dans le même champ que les équipes que j’allais encadrer, de partager leur culture métier. C’est pour cela que j’ai choisi de devenir cadre socio-éducatif.

Donc je travaille aujourd’hui dans un centre hospitalier. J’encadre notamment le service social des personnes hospitalisées, c’est-à-dire l’ensemble des assistantes sociales intervenant auprès des patients. J’interviens également auprès d’une unité médico-judiciaire et d’un service de permanence d’accès aux soins.

En quoi consiste le métier de cadre socio-éducatif ?

Pour moi, le cadre socio-éducatif occupe une place intermédiaire dans l’organisation. C’est une position charnière entre la direction et les équipes. On est un peu une “zone tampon”. Notre mission principale, c’est de conduire les projets et de garantir la bonne exécution des missions de l’établissement, tout en restant garant de la qualité du service rendu aux usagers.

Cela comprend la gestion organisationnelle, humaine et technique (accompagner les équipes, soutenir le développement des compétences, participer aux recrutements, gérer les fins de contrat, assurer le lien avec les familles). Il y a aussi une forte responsabilité juridique. Nous devons assurer une veille réglementaire, appliquer les décrets, les mettre en œuvre, parfois même lorsque nous savons que les moyens sont contraints.

C’est un équilibre permanent. Nous devons accompagner des décisions institutionnelles tout en soutenant des équipes qui peuvent être en tension. C’est un poste très opérationnel et clé dans le fonctionnement d’une structure.

Personnellement, je préfère me définir comme “cadre de proximité”. Les équipes ne travaillent pas pour moi, je travaille pour elles. Mon rôle est de leur donner les moyens, les leviers et la protection nécessaires pour qu’elles puissent assurer un accompagnement de qualité auprès des personnes.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Ce qui me plaît, c’est précisément cette position intermédiaire. Elle offre une autonomie réelle et une capacité d’action. J’aime encadrer des équipes, les motiver, construire des projets avec elles.

Je ressens une grande satisfaction quand un parcours patient se termine bien, quand une sortie d’hospitalisation est sécurisée, que tout est coordonné, entre les aides à domicile, le projet de vie du patient, les soins, l’accord des familles… Les assistantes sociales en sont fières, et moi je suis fière du travail collectif.

Quel est le principal challenge du métier ?

Le plus grand défi, c’est de maintenir l’équilibre. Nous évoluons dans un contexte de fortes contraintes financières, que ce soit à l’hôpital, dans les associations ou les services départementaux. Il faut accueillir les frustrations, celles des équipes comme les siennes, quand les valeurs se heurtent aux limites des moyens.

Maintenir une dynamique de qualité, de bienveillance et d’exigence professionnelle dans un cadre contraint est un véritable challenge. Il faut absorber, temporiser, soutenir sans nier les difficultés.

Pourquoi avoir choisi l’IRTS pour votre formation ?

D’abord pour une raison pratique, car c’était proche de chez moi, et ma formation a été financée par l’établissement dans lequel je travaillais dans le cadre du développement des compétences. Mais au-delà de cela, le choix de l’IRTS avait une dimension symbolique forte.

Pour moi, l’IRTS représente l’établissement fondateur des métiers du social. C’est là que sont formés la majorité des professionnels que j’encadre. Il y a une reconnaissance historique, un ancrage fort dans le tissu local et associatif.

J’ai ressenti une vraie dynamique d’ouverture, un lien étroit avec le réseau local. Les étudiants s’imprègnent très tôt de l’importance du partenariat et du réseau, qui est central dans le domaine socio-éducatif. C’est une vraie plus-value.

Quel conseil donneriez-vous aux futurs cadres socio-éducatifs ?

Il faut être aligné avec son projet. C’est une formation dense, exigeante, qui demande de se remettre dans une posture d’apprenant, parfois après dix ou quinze ans d’expérience professionnelle. Ce n’est pas toujours simple de quitter la position de professionnelle expérimentée pour redevenir étudiant.

Il faut anticiper, se projeter, accepter de se questionner. Et finalement, c’est déjà le cœur du métier, avoir un coup d’avance, penser les situations avant qu’elles ne se présentent.

Une anecdote marquante à partager ?

À l’IRTS, j’ai retrouvé un véritable esprit étudiant, à 47 ans. Les mises en situation et l’apprentissage participatif m’ont beaucoup marquée, et surtout nous avons créé un réseau solide, car notre promotion reste encore active aujourd’hui sur le plan professionnel.

En protection de l’enfance, une petite fille de 10 ans m’a offert un dessin* de bienvenue en écrivant : « Merci Stéphanie d’être notre nouvelle cheffe de sévice. » Toute l’équipe a éclaté de rire. Mais au-delà de l’anecdote, cela m’a rappelé l’essentiel : même une enfant perçoit l’importance d’un encadrement. Cela a renforcé ma conviction de toujours replacer les personnes accompagnées au cœur de nos missions.

*Vous pouvez retrouver le dessin de la petite fille en pièce jointe

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